Partager l'article ! Gabon : protéger la mangrove tout en aidant les pêcheurs à survivre: MOKA (Gabon) - Aire protég ...
MOKA (Gabon) - Aire protégée, le parc national de l'Akanda, au nord de Libreville, doit composer avec une dizaine de villages de pêcheurs nigérians vivant dans un grande pauvreté, qui utilisent sa célèbre mangrove pour faire la cuisine et fumer le poisson.
Des ONG tentent de permettre aux Nigérians, installés depuis la fin des années 1970, surnommés "Calabars" comme la péninsule du même nom, de survivre tout en préservant la mangrove et ses oiseaux.
Sur place, à une heure à peine de pirogue Libreville, le contraste entre la capitale gabonaise et le dénuement extrême du village de Moka est criant.
Entouré de mouches, un enfant vêtu d'un short usé mange sa bouillie, assis sur le sol sablonneux. Cernées de palétuviers dont les pieds baignent dans l'eau salée de la mangrove, les maisons en bois et toits en feuilles ou en tole ont été maintes fois rafistolées. Un puits délivre pendant 8 à 9 mois de l'année une eau douce brunâtre. Lorsqu'il est sec, les pêcheurs doivent se ravitailler à Libreville.
Les zones défrichées par les Nigérians représentent près de 11.000 m2 de mangrove perdue, selon un premier recensement, explique Constant Allogo directeur exécutif du Centre d'action pour le développement durable et l'environnement, une ONG qui mène des actions dans le Parc avec l'aide de l'Agence française pour le développement (AFD).
"On ne peut pas leur interdire la coupe. Elle est indispensable pour leur vie ou plutôt leur survie", souligne-t-il, "Mais on leur demande de le faire de manière rationnelle. De ne pas déboiser complètement un endroit. De privilégier le bois mort".
L'ONG veut aussi construire des fumoirs en terre "où il y a moins de perte d'énergie" tout en tentant de leur faire utiliser de la sciure des usines à bois de Libreville.
"On fait ce qu'on nous dit. Nous ne sommes pas chez nous, nous devons respecter la loi", affirme Jonathan Forcados, chef du village de Moka, 55 ans, originaire de Bayelsa, dans le sud du Nigeria.
"Il y a de la bonne volonté de leur part mais il faudrait qu'on soit là en permanence pour qu'ils ne coupent plus", assure Louis-Marie Eva-Bekoune de l'ONG Akanda nature.
Il est évidemment plus pratique et moins cher pour les femmes, chargées du feu, de couper du bois près du village. Si la sciure de Libreville est gratuite, il faut néanmoins payer les sacs, leur remplissage et l'essence pour la transporter.
"C'est dur de savoir combien nous gagnons", souligne M. Forcados. "Parfois on va en mer et on ramène un sac de 50 kg, parfois beaucoup moins. Il faut ensuite payer les pêcheurs, l'essence, la nourriture, la glace... On vend le poisson (bar, capitaine, rouge...) 2.000 Francs CFA le kilo (3 euros). L'essence pour une campagne revient à 60.000 (90 euros), la glace 12.500".
Mais M. Forcados est un "nanti", propriétaire de sa pirogue. La moitié des prises lui reviennent lorsqu'il va en mer, alors que les deux ou trois membres d'équipage se partagent l'autre moitié. Il a les moyens d'envoyer de l'argent à 7 de ses 8 enfants restés au pays.
Les 31 enfants du village de Moka, où il n'y a aucun service médical, vont eux dans une école informelle, des bancs sous un toit en tôle. Les cours sont assurés par le pasteur pentecôtiste et une assistante de 19 ans pour 3.000 F CFA par mois et par enfant.
Pour reboiser, les ONG plantent patiemment sur les boues désertes des jeunes pousses, souvent victimes des crabes.
"Il faudrait qu'on puisse donner quelque chose à un ou deux habitants du village pour qu'ils surveillent les coupes et nous aident à reboiser, résume M. Allogo. Ca permettrait à la fois de les aider tout en contribuant à la protection de la mangrove"
(©AFP / 09 mai 2010 06h50)
Publié dans Romandie
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